CLEFS POUR UNE LOGIQUE CULTURELLE

Les archétypes culturels de référence
A la base de ces sociétés, on trouve des unités familiales de quelques dizaines de personnes établies en petits hameaux d’une demi-douzaine de maisons, à proximité du terroir agraire dont le groupe tire désormais, de façon croissante, sa subsistance. Le contrôle de cet espace est garanti de deux façons :
– elle est d’abord métaphysiquement légitimée sur la base d’une métaphore génétique intuitive, par référence à l’Ancêtre Mère de la lignée, présentée comme l’épouse (ou la fille) du génie foncier, maître du Sol et garant de l’ordre cosmique. Pour cette raison, l’harmonie de vie de cette communauté minimale repose sur la solidarité des lignages maternels et sur l’observation, à travers interdits et rituels, d’un double culte souvent confondu et accompagné de pratiques médiumniques : d’une part, le culte familial et féminin de l’ancêtre biologique de la communauté, d’autre part, le culte territorial et masculin, du génie foncier. Les deux cultes suivent évidemment un calendrier de fêtes agraires, dominé par l’alternance des temps de sécheresse et de mousson.

elle est ensuite politiquement confortée par contrat avec ceux qui ne sont pas des parents par le sang maternel : les voisins, et plus largement le monde extérieur. Ce contrat se traduit par coordination politique des hameaux, grâce à une maison commune (logiquement maison des Hommes et d’accueil des Etrangers). C’est là où se pratiquent les activités garantes de la cohésion politique des précédents segments territoriaux «féminins» et où s’ébauchent les mariages qui vont sceller l’alliance entre les divers clans «maternels». Au sein de cette maison commune sont prises les décisions de la vie collective (réunion des chefs de familles, etc.) et la gestion sociale de l’au-delà (initiation religieuse des jeunes hommes, toutes familles confondues), autour d’un «chef» qui apparaît non point tant comme détenteur d’un pouvoir de coercition, mais comme expression des volontés contractuelles de conciliation, et surtout comme personnification ou intercesseur du génie supérieur de l’espace communal.

A la croisée de ce double ordonnancement, généalogique du temps d’une part et sexuel de l’espace d’autre part, s’inscrit une classification socio-religieuse des relations familiales, des tâches et des valeurs, accompagnée d’une symbolique dualiste (eau/montagne, froid/chaud, végétal/animal, Nature/Culture, Sacré/Profane, Etranger /Indigène, etc.); le tout croisé par un jeu totémique entre animaux chtoniens à peau apparente (ophidiens, dragons, etc…) appartenant au monde «du dessous», et animaux ouraniens à peau cachée (chevaux, volatiles, etc..) appartenant au monde «du dessus».

Rémanences contemporaines
Cet exposé n’est pas que d’érudition abstraite car, au moins autant que dans les isolats haut en couleurs auxquels nous avons fait référence plus haut à propos des tambours de bronze, cette strate culturelle se retrouve dans des groupes sociaux «civilisés».
Sous la couche historique des modèles culturels d’importation (Inde, Communisme, etc..), les structures sociales et mentales indigènes sont en effet restées en place et les apports étrangers n’ont fait que les encadrer. On en repère la permanence, par exemple, au travers de la réitération du symbolisme évoqué ci-dessus. Ainsi, au niveau de la superstructure politique ou religieuse, tandis que du côté vietnamien, les souverains sont conçus comme des dragons ou qu’est célébré le culte des héroïnes historiques emplumées, du côté du bassin du Mékong, on parle de l’éléphant blanc du Laos (du fait de sa peau lisse, l’éléphant est assimilé à un serpent), des femmes oiselles des palais, etc.. Quant à la maison commune des hommes, on la reconnaîtra aussi bien sous la vêture du monastère bouddhique laotien ou cambodgien, que sous celle du dinh villageois vietnamien. On pourrait également évoquer la géographie sacrée des villes structurées autour d’une montagne et d’un plan d’eau, répartissant par moitié les indigènes et les étrangers, le religieux (monastères) et le profane (marchés, etc.)

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Ce symbolisme est également omniprésent dans le décor des édifices où s’allient les balustrades-serpents aux volatiles des toitures. Il s’exprime de façon tout aussi explicite dans les cycles vitaux ; ainsi, les individus, au rythme du franchissement des classes d’âge, des périodes de deuil ou selon leur position par rapport au sacré, se laissent-ils pousser les cheveux (pour s’assimiler aux oiseaux) puis se rasent-ils la tête (pour s’assimiler aux serpents).

Cette mythologie réémerge enfin en permanence de l’inconscient collectif, comme en témoignent les rêves ou les faits divers rapportés par les médias, la littérature populaire ou le cinéma et les bandes dessinées. Enfin, elle continue à structurer tout le monde religieux avec ses autels des génies ou des ancêtres, ses cultes médiumniques, etc…

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