De Saigon à Thanh-Pho Ho-Chi-Minh 4

Que voir?
Ville résolument moderne, Saigon possède peu de curiosités à offrir aux visiteurs. Les anciens quartiers traditionnellement habités par les Français, les Indiens ou les Khmers, ont été bouleversés ou transformés. Le climat politique des années 1960-70, le sous-déve¬loppement administratif et l’atmosphère générale de spéculation et de prévarication ont obligé la population de quartiers entiers à déménager vers la périphérie. La population s’est artificiellement gonflée, par suite de l’exode rural : de 700 000 habitants – le double pour l’agglomération – en 1955, elle est passée à 4,5 millions d’âmes en 1985. Les autorités ont largement encouragé un déserrement urbain; cependant des quartiers entiers restent marqués par un sous-développement urbain qui prend parfois des formes dramatiques.
Saigon: la ville coloniale
Pour obtenir une description assez complète de ce que fut Saigon, il y a environ un siècle, on peut lire, avec intérêt, les notes d’Antoine Brébion, publiées en 1911, dans la Revue Indochinoise, dont voici quelques courts extraits, dans leur style très personnel: -Sur le côté gauche de la aie Ohier, qui unit la aie Pellerin au boulevard Charner, se trouvent côte à côte, passé la rue Chaigneau, trois bizarres constructions au vague aspect de forieresse ou de prison. Ce sont les habitations des banquiers hindous Chettys; en face est le temple brahmanique dont ils sont les principaux fidèles…
L’Hôtel de Ville, auquel le boulevard sert de pompeuse avenue, est une constaiction coûteuse, surchargée de corniches, de mascarons, de fausses colonnettes en stuc, surmontée d’un beffroi étriqué du modèle des pavillons auxquels Vespasien et M. de Rambuteau léguèrent leur nom ; deux grandes ten’asses à balustres accotent le corps principal du monument à la hauteur du premier étage. L’ensemble est d’un mauvais goût, d’un «tape-à-l’œil» que rien ne rachète. Pour cette raison nous tairons le nom des deux architectes qui ont eu besoin de près de dix ans pour mettre à jour cette pièce de pâtisserie – 1900-1908…
Au centre de la place Rigault de Genouilly alias du Rond Point, se dresse la statue de l’Amiral, due au sculpteur Alex Lequien…
Lors de l’inauguration de ce monument érigé par souscrip¬tion nationale en 1878, le Chef du Commissariat de la Marine fit une ode à la gloire de Rigault de Genouilly ; on y trouve enchâssée cette perle :
… Non le bronze n’est pas toujours l’argent qui tue,
Quand les mains du sculpteur en sort une statue,
C’est pour vouer un nom à la postérité,
Dresser une palme et même une couronne,
Un prix posthume et mérité…».
Plus haut, au croisement de la chaussée du boulevard Noro- dom, laquelle fut bien élargie, se dresse, depuis 1889, la statue de Gambetta, d’après Falguières.
Le tribun, tête nue, enfoncé dans une ample pelisse fourrée, ouverte, étend un bras tragique dans une vague direction; deux motifs de pacotille, également en bronze, occupent la droite et la gauche du piédestal qui élève à cinq mètres du sol la statue dont personne ne s’explique sa raison d’être là, sinon celle d’ahurir les villageois annamites que stupéfient son costume polaire et son geste impérieux…
Cette esplanade est le dernier vestige de l’espace où, sous la domination annamite, s’élevaient les baraquements dans lesquels le Gouvernement logeait les étudiants qui venaient subir les épreuves des concours régionaux pour l’obtention des différents grades littéraires… Il fut transformé en un casernement qui reçut le nom de Camp des Lettrés. Il était protégé par un mur d’enceinte et il fut occupé jusque vers 1880 par les compagnies de soldats abo¬rigènes, alors désignés sous le nom de Chasseurs annamites, dénomination changée de puis en celle de Tirailleurs indigènes…
C’est au Camp des Lettrés que fut signé le traité du 5 juin 1862, par lequel Tu duc cédait à la France les trois provinces de Saigon (Gia-dinh), Biên-hoa, My-tho, les îles de Poulo-Condor, etc…
La mile européenne
L’ancien centre colonial se situe aux alentours des mes et avenues Dong Khoi, Fiai Ba Trung, Nguyên Huê, Ham Nghi, Xo-viet Nghê tinh… (anciennes mes Catinat, Paul Blanchy, boulevard Chamer, de la Somme, me Chasseloup-Laubat…). Là se trouvent encore quelques maisons coloniales de style cossu; le marché, au bout de la me Lê loi, est toujours très animé.
Dans les environs, on peut également voir la cathédrale Notre- Dame en briques rouges, flanquée de la poste d’un style suranné, le théâtre, dont (architecture rappelle les Grand et Petit Palais parisiens et l’Hôtel de Ville dans le style désuet d’une préfecture de la Ille République.
La plupart des mes et avenues du centre-ville rebaptisées après le départ des Français, en 1954 (à (exception des mes Calmette et Yersin), portent aujourd’hui des noms qui évoquent des moments de l’histoire, de la révolution socialiste et de ses héros : Xo-viet Nghê-Tinh, avenue des soviets (de la province) de Nghê-tinh; Nguyên Huê, nom d’un leader de la rébellion des Tay Son ; Hai Ba Taing, me des sœurs Trung, héroïnes d’un conflit sino-vietnamien ; Ton Duc-Thang, militant révolutionnaire et ancien président de la République, etc.
A l’intérieur du jardin botanique, me Nghiem Binh-Kiem, se situe le musée d’Histoire (anciennement musée d’Asie); il renferme d’assez intéressantes collections, ainsi que des reproductions du musée historique de Hanoi. Les pièces exposées fournissent des renseignements sur l’archéologie, l’art, l’artisanat et l’ethnologie de la Péninsule. On observera des sculptures et des stèles du Champa, des céramiques chinoises, des vêtements et objets d’ornementation appartenant à des populations minoritaires des Hauts-Plateaux.

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