Hanoi: Le site et l’histoire 2

Analyse de la ville
Le bilan de cette histoire de la ville est que son projet «structural», celui formulé par le pouvoir politique des gouverneurs chinois puis surtout des dynastes tonkinois, paraît passablement altéré. D’abord par les refondations qui ont réaménagé, déplacé, enchevêtré les éléments symboliques au point d’en rendre difficile la lecture directe et détaillée; ceci est d’autant plus vrai que la ville a perdu son rang de capitale depuis la fin du XVTIIe siècle. Ensuite parce que guerres et catastrophes naturelles n’ont pas épargné Hanoi. Enfin parce que le schéma royal s’est trouvé englué dans le vandalisme administratif de l’urbanisme sous-préfectoral des administrateurs coloniaux de la République française, puis dans celui du réalisme socialiste de la République vietnamienne.
Cela dit, prises par la logique du site, les autorités coloniales puis communistes ont conservé bien des aspects de la conception et de la configuration de la cité des anciens souverains. Ainsi, du temps des Français, les bâtiments du Gouvernement Général s’ados- sèrent-ils à l’ancienne citadelle quand les casernes et une partie des administrations occupèrent la citadelle, relayant les fonctions royales. Si un quartier européen, voué au commerce, était édifié de part et d’autre de l’axe des mes alors dénommées Paul Bert et Borgnis- Desbordes (aujourd’hui Nguyên Thai-Hoc, Trang Thi et Trang Tien), ils ne faisaient que dédoubler, vers le sud, c’est-à-dire dans le quartier traditionnellement affecté aux Etrangers, les traditionnels quartiers commerçants chinois et vietnamiens avec leurs artères explicites (anciennes mes de la Laque, des Changeurs, des Balances, etc.) et avec le marché et le Petit Lac. De même aujourd’hui, les édifices officiels (palais présidentiel, mausolée du Président Hô Chi-Minh, musée de l’Armée, etc.) restent situés sur l’ancienne citadelle royale, grosso modo sur l’emplacement du site choisi par Ly Thai-Tô, le fondateur de la cité.

Les principes de ce schéma directeur
De ce fait, il reste possible d’effectuer une visite de la ville en suivant son schéma directeur initial, en voyant comment il a été habillé ou gauchi. Ce schéma est simple, croisant une organisation nord-sud de la ville, avec un plan cardinal :
– au centre, la citadelle, point d’équilibre de la ville, lieu du pouvoir et d’exercice des fonctions d’autorité.
– au nord, ce qui relève d’une gestion religieuse, ludique et féminine, du thème de la naissance, etc.: temple des esprits gar¬diens, Palais d’Eté, etc.
– au sud, ce qui relève d’une gestion laïque, sérieuse et masculine, du thème de la mort : quartier des mandarins, université (Van Miêu), esplanade du ciel, cimetières, etc.
– à l’ouest, ce qui est de l’ordre des productions de la Terre et des échanges avec la Nature : jardins, villages agraires, etc.
– à l’est, ce qui est de l’ordre des échanges des Hommes entre eux: commerce, artisanat, Etrangers, etc.
Avec cette grille et la lecture historique de la ville, nous allons reprendre la description des principaux quartiers et monuments.

Au Centre: la Ville Royale
Ce centre, presque millénaire, se présente comme un agréable quartier ombragé et aéré de ville de la première moitié du XXe s. A première vue, il n’offre plus grand chose d’historiquement significatif, si ce n’est que quelques bâtiments administratifs récents. Mais leur présentation ordonnée révèle que l’on est dans un lieu saturé de références mythiques, couvrant tout le spectre du temps.
MOT COT (Chua). De la première ville royale il subsiste mira¬culeusement un bâtiment très original situé au sud du Jardin Botanique: la «Pagode au pilier unique». Réputée fondée en 1049, cette représentation bouddhique microcosmique du monde sous forme d’un lotus émergeant de l’onde est l’un des symboles de la revendication par les Ly, la première vraie dynastie royale du Tonkin, de la plénitude de leur pouvoir, et de leur rôle d’intercesseur mystique. On a greffé sur le site une belle histoire d’amour royale. Le pagodon a été entièrement restauré en 1922 et se compose actuellement d’une colonne de pierre dont le sommet est sculpté comme une fleur de lotus. Cet ensemble supporte le pagodon proprement dit dont l’intérieur renferme une statue de la déesse Quan-Am (la Guan-Yin chinoise, représentée avec «mille bras et mille yeux» selon la tradition de la statuaire bouddhique).
Voir juste à côté la pagode bouddhique Duyên-hu’u (jardin intérieur, stûpa, etc.).

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