LA PÉRIODE MODERNE

L’émergence des nouvelles forces
Déjà gravement atteintes, les dernières dynasties hindouistes sont touchées à mort par la conquête de l’Inde par les Musulmans, laquelle les coupe de leurs bases symboliques. De ces ruptures surgissent des forces nouvelles qui se dotent de leurs propres bases religieuses (bouddhisme theravada, islam), culturelles (recours au pâli par le relais de Ceylan, renforcement des langues locales) et politiques (revendication de légitimités nouvelles qui mettent entre parenthèses l’intervention chinoise classique et sanskrite). Trois jeunes nationalités émergent : les Laos en moyenne vallée du Mékong et, de part et d’autre, les Siamois et les Viet¬namiens. Ils vont successivement entreprendre de reconstruire, chacun à son profit, l’ancienne unité géo-politique centrée sur le Mékong, au détriment des anciens peuples, les Khmers, les Môns et les Chams.
Les Laos tentent cependant de faire alliance avec les Khmers. Mais depuis la mine de la Cité hydraulique, la jonction continentale entre le Laos et le Cambodge se fait mal et, réduite à l’impraticable vallée du Mékong, elle s’avère d’autant plus irréalisable que les Siamois, désormais aux portes d’Angkor et de Korat, parviennent à en chasser définitivement les Khmers (fin XVIe s.). Pendant que les Siamois s’infiltrent à l’intersection du Laos et du Cambodge et tentent d’occuper le bassin du Mékong par son centre, les Vietnamiens vassalisent puis contournent les Chams; dès le début du XVIIIe s., ils entament leur prise de contrôle du delta du Mékong.

La crise du XVIIIe siècle
Mais les tensions internes imposées à chacune de ces sociétés dans le but d’accomplir un tel contrat géo-politique, doublées de leurs rivalités mutuelles, sont beaucoup trop fortes. Le XVIIIe siècle voit l’embrasement de toute l’Indochine: d’abord, la dislocation du Laos (1713), prélude à sa aiine; puis, la fin de l’Etat siamois, après la prise d’Ayuthia par les Birmans (1767); enfin, la révolte des Tây-Son (1771) qui met les principautés vietnamiennes à feu et à sang. Deux dynasties émergent de ce chaos et s’installent solidement sur les deux bassins latéraux accrochés à celui du Mékong: le Siam, enfin unifié, de la dynastie des Chakri (1781) et le Viêt-nam, lui aussi enfin unifié, de la dynastie des Nguyên (1802). L’un et l’autre entreprennent alors de mettre définitivement la main sur le Mékong, les Siamois en achevant la mine du Laos dont ils détruisent la capitale (1827), les Vietnamiens en détruisant le Cambodge qu’ils finissent par annexer (1835).

Les nouvelles donnes impériales
Mais, ces deux dynasties n’ont pas les moyens de leur stratégie. Elles s’épuisent en guerres sans issue et sont incapables d’atteindre de façon durable, le moindre objectif. Les derniers princes du bassin du Mékong (des Khmers puis des Laotiens) en profitent alors pour faire appel aux hommes et aux formules politiques des réseaux maritimes internationaux qui contrôlent la Mer de Chine, en substance les Européens. A la fin des années 1850, une nouvelle «indianisation» démarre, depuis le delta de la Cochinchine: la colonisation «française». Elle entreprend de reconstituer l’unité géopolitique de la région, manquant de justesse sa réussite qui impliquait l’annexion du Siam.

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Passant ensuite de cette logique «indienne» de pénétration territoriale qui la conduisait à restaurer une pluralité d’«Etats» (Cochinchine, Cambodge, Champassak, Louang-Prabang, etc…) à une logique unitaire de gestion politico-administrative, la colo¬nisation française infléchit ses règles de gestion dans le sens du modèle chinois. Elle établit alors, naturellement, le centre de sa fédération indochinoise au Tonkin et crée des antennes en direction du Yunnan et de Canton. Localement, l’administration coloniale joue la carte du fonctionnariat vietnamien et des réseaux écono¬miques chinois.

Mais, de nouvelles perturbations, issues du monde chinois, surgissent : le communisme agraire et les Japonais. Les Tonkinois, y retrouvent leur dynamisme et décident de reconstituer l’unité régionale en reprenant la conquête de l’ancien Champa (Viêt-nam central), puis celle du Kampuchea Krom (Cochinchine) et enfin celle du Cambodge et du Laos. Mais, apparemment aujourd’hui à son apogée, l’empire agraire, militaire et bureaucratique tonkinois, se heurte aux réalités internationales: les réseaux marchands maritimes de tradition «indienne». La difficulté est d’autant plus importante que toute une diaspora de réfugiés politiques ou éco-nomiques, issue des régions ouvertes du sud que le pouvoir voulait contrôler (Saigon, Phnom-Penh, Cholon, etc.) est désormais , partie prenante de ces réseaux.

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