Le Nam Bo (Cochinchine)

GÉOGRAPHIE ET SOCIÉTÉ
Précédemment appelé Nam Ky puis Cochinchine par les Français, le Nam Bo constitue la portion la plus méridionale de la Péninsule indochinoise. Elle est relativement large (200 km) et baignée à la fois par la Mer de Chine méridionale et le Golfe de Thaïlande.
C’est une région qui jouit d’une situation de carrefour, ouvert à la fois sur la Chine et sur les autres pays de la Péninsule comme sur les archipels insulindiens. De ce fait, la région de Ho Chi-Minh-Ville (ex-Saigon) a constitué une étape importante pour les longs courriers maritimes (fret et passagers) trafiquant de l’Occident vers Hong- Kong, Shanghai, Yokohama et Tokyo.
Confronté sur sa partie nord-ouest au monde khmer, le Nam-Bo n’est devenu territoire vietnamien qu’assez récemment. S’il est probable que la colonisation démographique de la Cochinchine par les Vietnamiens est antérieure à sa colonisation politique, cette dernière n’a été mise en oeuvre qu’avec le début du XVTIIe s., à partir du moment où les Vietnamiens annexent le futur Saigon. La frontière de la Cochinchine, plutôt sinueuse, reflète davantage les remanie¬ments successifs du bornage territorial qu’un tracé dicté par le relief : à l’ouest, elle commence à proximité du canal de Ha-tien, sur le Golfe de Thaïlande, remonte vers la plaine des Joncs, traverse les bras du Mékong puis le Vaico, s’enfonce vers le Cambodge au- dessus de Tay-ninh pour redescendre vers le sud-est en franchissant les cours du Sông Bé et du Dong-nai avant d’atteindre le littoral au cap de Ba-kê, au-dessus de Vung-tau (Cap Saint Jacques).
La façade maritime est basse et alluvionnaire. Seule exception: l’avancée du Cap Saint-Jacques, dernier reliquat de la chaîne anna- mitique qui culmine à près de 500 mètres. Mais le reste du Nam Bo dans sa quasi-totalité est constitué d’alluvions deltaïques, si l’on fait abstraction, à l’ouest, du massif des Eléphants qui appartient au relief cambodgien. Il faut noter les nombreuses indentations plus ou moins profondes, que forment sur le littoral les embouchures des cours d’eau, principalement les bouches du Mékong. Le Nam Bo forme ainsi une sorte de quadrilatère de 56000 km2.
C’est le seul territoire qui ait été constitué en colonie française, les deux autres, ex-Annam et ex-Tonkin, ayant formé des protec¬torats. C’est un pays de colonisation récente pour les Vietnamiens eux-mêmes qui, au cours de leur marche progressive vers le Sud, ont peu peu annexé ces terres fertiles au détriment des populations khmères. Les colons se sont surtout attachés à aménager les sols rizicoles de la région des bouches du Mékong, tandis que la partie occidentale, marécageuse, couverte de forêts inondées et le plus souvent dépourvue d’eau douce en saison sèche a été d’abord délaissée. Les premières implantations massives ne remontent guère qu’à deux siècles et cjpni, ce qui explique partiellement la colonisation plus rapide de la France dans cette partie du territoire vietnamien.
Terre de colonisation, le Nam Bo a été une sorte de «Far-West méridional». Paysans dépossédés, déserteurs, commerçants chinois, aventuriers de tout acabit ont peu à peu pris possession de ce territoire gorgé d’eau et de soleil. Malgré la séparation nette entre saison sèche et saison humide, laquelle défavorise une double récolte de riz, les agriculteurs ont pu exploiter ici des terres fertiles. Toutefois, bien que procédant des mêmes techniques agricoles que les paysans nordistes, les riziculteurs du Nam Bo ont surtout travaillé comme fermiers sur les terres des gros propriétaires. Pour un moindre travail agricole, ils ont très longtemps pu dégager un excédent de riz qui a fait la prospérité du Viêt-nam méridional.
Les deux régions du Nam Bo
Le Nam Bo se divise en deux régions : celle du delta du Mékong, renforcée par la rivière de Saigon, et celle de Dong-nai, plus élevée. La première occupe l’ensemble de la partie occidentale, de la frontière cambodgienne à la rivière de Saigon. La deuxième est constituée des ultimes contreforts de la chaîne annamitique et s’étend dans la partie orientale.
Le delta du Mékong est le résultat de l’entassement d’une énor¬me masse d’alluvions qui, chaque année, marque une avancée de terre vers le large. Le delta, qui occupe la majeure partie du Nam Bo, est sillonné de multiples bras du grand fleuve nourricier, d’affluents, d’arroyos (canaux) qui divisent cette vaste plaine en damiers mi- terriens, mi-aquatiques. Le terrain est formé de boue plus ou moins solidifiée, plus ou moins consolidée, plus ou moins asséchée. Le climat est chaud et moite, sans changement saisonnier notable, hormis la période de pluies alternant avec une saison sèche. Le thennomètre reste pratiquement à demeure entre 30° et 35°. Climat imparfaitement salubre, qui génère diverses maladies tropicales (paludisme, fièvres, dysenterie).
Le système orographique du delta est dominé par le Mékong et par le Dong-nai charriant des limons considérables sur lesquels se développe une végétation exubérante. Ces cours d’eau sont reliés, «coupés» par d’innombrables canaux formant un dédale aquatique très particulier à l’intérieur duquel circulent sampans, barges et embarcations de toutes sortes. Dans un tel pays, une énorme partie de la circulation s’effectue par voie d’eau, d’autant plus qu’il existe des chenaux assez profonds pour voir s’y engager des bateaux d’un certain tonnage. On compte, sans doute, près de 5000 km de voies d’eau, sans cesse troublées par un va-et-vient de bateaux transportant marchandises et passagers.
Autour des agglomération, rizeries, briqueteries, distilleries, scieries et autres entreprises plus ou moins importantes entraînent une activité intense. L’activité artisanale, commerciale et industrielle du delta est essentiellement due à l’afflux ancien d’une très nom¬breuse population originaire de Chine. En effet, le Sud a toujours été une terre ouverte à l’immigration et à l’entreprise.
Mêlés aux Vietnamiens, on trouvait, dès la colonisation fran¬çaise, d’importants communautés étrangères : Chinois, Indiens, de la côte des Malabars (d’où leur surnom).
L’occupation française, à la fin du XIXe siècle, a favorisé ce cosmopolitisme, utilisant chaque groupe ethnique pour des fonctions assez délimitées. Cette répartition des tâches a abouti à la constitu¬tion de corporations qui ont subsisté jusqu’à l’instauration récente d’une politique de vietnamisation.

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