Les sites chams

De la Porte d’Annam au Cap Saint-Jacques, on a identifié plusieurs centaines de «sites» : le plus souvent des tas de briques ou des pièces isolées (sculptures, etc.) parfois récupérées comme objets cultuels par les Vietnamiens. Il subsiste cependant quelques ensembles dotés d’une «personnalité» qui les rend visitables en tant que sites chams : ce sont les sites des anciens hauts lieux sacrés ou des anciennes capitales.
Il y a quelque logique historique à les visiter en descendant du Nord au Sud et nous allons donc dérouler les emplacements des principaux sites chams depuis la province d’Amaravati (région de Tourane, actuel Quang-nam), jusqu’à celle de Panduranga (région de Phan-ri), signalant, à l’occasion, les monuments antérieurs. Cela dit, pour mieux comprendre, au-delà des aléas de l’histoire, leur distribution dans l’espace cham, quelques mots sur la logique de la géographie sacrée du pays s’imposent.
Les grandes lignes d’une géographie sacrée
En effet, quand, au IVe s., une dynastie indianisée fédéra les chefferies chames, plusieurs centres de gravité pouvaient convenir pour établir la capitale royale ; par exemple la région de Hué qui était, depuis la fin du Ile s., siège d’une principauté reconnue par la Chine et, à ce titre, noyau étatique du futur Champa. Mais le choix royal se fixa une centaine de km plus au sud, autour d’un site qui allait désonnais être vécu comme le lieu sacré de légitimation du pouvoir, et le rester pendant plus d’un millénaire.
La raison religieuse en est probablement la suivante : selon un symbolisme sexuel dualiste que les Chams appliquent également au divin, les diverses provinces composant le Champa auraient pu être regroupée en deux sous-ensembles : masculin et féminin, «Royal» et «Populaire», «Etranger» (métaphoriquement) et «Indigène», centré chacun autour d’un lieu sacré : Mi-son au nord, Po Nagar au sud, la césure entre les deux s’effectuant à l’articulation entre les actuels Quang-ngai et Binh-dinh, là où la montagne rejoint la mer et où fut édifiée la fameuse «muraille moi». De fait, Mi-son est situé dans la montagne et on y pratique par excellence le culte civaïte du linga royal, alors que Po Nagar, la «Dame du Royaume» ou («Auguste Mère du Royaume», est consacré à l’épouse de Civa sous la forme de Bhagavati, et se dresse face à la mer.
Quoiqu’il en soit, c’est bien autour de ces deux pôles que se déploie l’histoire du Champa et la logique d’implantation de ses sites puisque les Chams s’y accrocheront jusqu’au bout; et quand ils les auront perdus, ils tenteront d’en recréer de toute pièce la protection mystique.
De la présentation qui va suivre, on pourrait juger que les sites chams ne commencent qu’au sud du col des Nuages ; il n’en est rien et l’on a repéré plusieurs dizaines de sites entre la Porte d’Annam et le Col des Nuages, dont l’un tout à fait impressionnant: les grottes de Phong-nhà.
GROTTES DE PHONG-NHA. Ces grottes, alias Chùa Hang «Temple de la grotte», sont creusées dans le massif calcaire situé à une trentaine de km à vol d’oiseau de la côte, au sud-ouest de la Porte d’Annam, par la rivière Chai, résurgence d’une rivière dispa¬raissant 20 km en amont dans les ramifications calcaires du Phu Pha- dam. Le site principal consiste en une succession de grottes sur près de deux kilomètres; la visite s’effectue naturellement en barque.
Dès le VUIe/IXe siècle, les Chams en firent un sanctuaire bouddhiste mahayanique qu’à peu près plus rien ne signale comme tel (socle de statue, médaillons, ex-voto, autel, inscriptions) sous l’influence du rayonnement de Srivijaya (empire maritime malais centré sur le détroit de la Sonde, près de Palembang). Il a depuis été vietnamisé et est l’objet d’un culte dans les temps de sécheresse.
Cela dit, ces sites n’ont plus de réelle personnalité chame (sauf pour l’amateur pointu spécialisé dans l’art cham) et ils n’entrent pas dans le cadre de cettq présentation qui s’ouvre avec les sites dépendants de Mi-son.

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