Les sites khmers 3

3. ANGKOR
Le glissement des Khmers se poursuit alors vers l’ouest. L’un des «princes» de la région, Jayavarman II, au tout début du IXe s. choisit de s’installer dans la zone du Phnom Kulen, située à quelque 35 km au nord de la ville actuelle de Siem Reap. Par des rituels appropriés, il s’y proclamera souverain du pays et transformera le Phnom Kulen en image de la montagne cosmique, siège des dieux.

Angkor Wat

Celle-ci restera, pendant un demi millénaire, le cœur du nouvel empire. En effet, ayant peu à peu amélioré leur maîtrise de l’hydraulique, trouvé le site le mieux adapté à sa mise en œuvre et acquis la compétence «théologique» permettant la mise en relation de tous ces éléments, les Khmers vont pouvoir y fonder, puis y développer, parallèlement au perfectionnement des techniques hydrauliques et de leur symbolique architecturale, l’empire angkorien et sa capitale hydraulique. Le site retenu pour l’édifier est la plaine, resserrée entre ce château d’eau naturel qu’est le Phnom Kulen et le grand lac, et irriguée par quelques rivières pennanentes.

Symbolisme général du site
Les villes qui vont s’y installer représentent le monde des hommes, intermédiaire entre le monde divin du dessus, symbolisé par le Phnom Kulen au nord, et celui «infernal» du dessous, sous le grand lac au sud. La liaison entre ces deux mondes est effectuée par les fleuves permanents qui descendent du Phnom Kulen vers le lac, comme une libation sacrée que le brahmane reproduit, par exemple, dans ses rituels au sein des tours-sanctuaires, lorsqu’il arrose le linga (voir le site de Vat Phu, dans le sud du Laos). Cette conception frit très précisément matérialisée sur le site du Phnom Kulen par la multiplication de gravures de lingas et d’autres figures religieuses, sur le fond de la rivière de Siem Reap. Le Phnom Kulen en a gardé une vocation mystique et a continué à abriter, jusqu’à nos jours, ermites et retraitants.
L’eau bénite descend de la montagne des dieux vers le monde des hommes pour leur permettre de tirer les fruits de la terre, avant de rejoindre l’océan cosmique primordial du Tonlé Sap. Mais pour cela, une deuxième opération est nécessaire, à savoir le stockage et la redistribution de l’eau. Techniquement parlant, elle est banale : il suffit de réserver l’eau en amont pour la redistribuer en aval ; mais on voit bien, de par le contexte, que cette opération technique est en elle-même insuffisante. Pour en tirer tout le bénéfice, il faut reformater ce dispositif technique du monde des hommes, dans les termes du monde des dieux, ainsi que dans ceux de la vieille cosmologie ancestrale pré-indienne.
La cascade des réalisations pratiques
La procédure hydraulique est donc mise en forme de la manière suivante: le réservoir lui-même reprend la logique du symbolisme précédent et on installe généralement en son centre, ou en relation avec lui, un templion, reproduction de la montagne des dieux. Celui-ci servira également de lieu de culte aux ancêtres divinisés du roi. Puis, au sud de ce premier microcosme divin et ancestral, on en construit un second, qui est, au sens propre, la ville royale, centrée, elle, sur un autre temple montagne, reproduction, dans le monde des hommes, du monde des dieux. Parallèlement, on entoure la ville royale de vastes douves qui matérialisent le thème de l’océan primordial. Ainsi est-il fait du roi vivant, une reproduction microcosmique du dieu qu’il incarne.
Ce dispositif est enfin reproduit une troisième fois, en aval, non plus cette fois-ci de façon unitaire, mais au contraire de manière polycentrique, au service des communautés paysannes qui récupèrent l’eau triplement sanctifiée, par tout un jeu de sous- réservoirs et de sous-templions. Ceux-ci répètent, à leur niveau, la symbolique cosmique mais dans les termes hiérarchiquement inférieurs des suivants des dieux et des gardiens des espaces.

A son tour, chacun des hameaux du terroir villageois réactualise cette présence sacrée, mais dans les termes populaires et quotidiens du culte des génies fonciers et des ancêtres féminins de chaque famille, prise individuellement, dans une atmosphère qui ne devait pas être sensiblement différente de celle des villages d’aujourd’hui.

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Ce que l’on voit donc sur un site comme le site d’Angkor, n’est que le bouchon de carafe du dispositif religieux et technologique d’un fantastique empilement de lieux sacrés, articulés et démultipliés par des communications hydrauliques, maintenant, virtuellement asséchées. Pour donner une comparaison en termes occidentaux : Angkor est comme Venise dont les canaux seraient à sec, et dont subsisteraient seulement quelques églises écroulées au milieu d’une foret. Le touriste devra donc, pour tirer profit de sa visite, non seulement faire fonctionner un sens esthétique appliqué de façon parcellaire, mais recréer en esprit, au-delà du petit rouage qu’il verra, l’extraordinaire horloge astronomique dont les monuments, Angkor Vat y compris, ne sont que de minuscules éléments.

Ce système a ôté reproduit, un peu partout à travers l’espace angkorien. Ainsi, chaque petit temple que l’on peut voir, dans les environs de Battambang par exemple, est le cœur d’une ville constniite selon ces principes. A Angkor, le phénomène a pris des proportions grandioses et qui plus est, a été répété cinq fois. Ce sont ces cinq cités hydrauliques que nous allons maintenant présenter.

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