A l’Est de Hanoi : Vers la Chine

I. LE LONG DE LA ROUTE CONTINENTALE
Depuis Hanoi, en direction du nord-est, se déroule la route de Chine, seule véritable débouché naturel du delta : après une soixantaine de kilomètres, via Bac-ninh et Phu-lang-thuong, mais toujours dans le delta, on pénètre dans la montagne pour atteindre Lang-son, à quelque 150 km de Hanoi ; une dizaine de km plus loin, on arrive à la Porte de Chine. De là on gagne Nanning, la rivière des Perles, et enfin Canton.
Hanoi se trouvant sur la rive droite du Fleuve Rouge, le véritable point fort de cette route est Bac-ninh, à 30 km de Hanoi. Cette position a entraîné une certaine prospérité pour son secteur de rayonnement. Celle-ci s’est traduite par une relative abondance et qualité des productions architecturales qui traduisent souvent, on le conçoit bien, une influence chinoise.
KHUOC-THOAI. L’architecture civile se caractérise au Tonkin par des ponts couverts. Celui de Khuoc-thoai, en pierre, est l’un des plus célèbres avec sa toiture à double étage et son autel des génies. Ce dernier est inclus dans la construction du pont au centre de la travée centrale.
THO-HA. A 4 km au nord-ouest de Bac-ninh, dans une étroite boucle du Sông Câu, se niche un petit village de potiers. Un temple y a été élevé à un importateur chinois de la poterie, Houang Kouang-hing.
PHU-MAN. Petit village à 12,5 km à l’ouest de Bac-ninh. Son dinh ancien, dédié à Tan-vien-son Qui-minh dai-vuong, deux fois reconstruit (XVIe s. et 1863), est intéressant en ce qu’il représente le dinh type (deux grands bâtiments parallèles et de mêmes dimen¬sions, dont un en forme de T renversé comprend deux parties dis¬tinctes, l’autel des génies et de vastes salles de réunion. Deux autres bâtiments secondaires, séparés par une grande cour où l’on fait la cuisine et les sacrifices). Dans la pagode, voir un grand «moulin à prières», sorte de tour pivotante que les pèlerins font tourner en réci¬tant des invocations certains jours de fête. Enfin, à proximité du village, se trouve un tombeau, au milieu des rizières, traditionnelle¬ment désigné comme celui du génie Tân Vièn; c’est un tombeau classique d’inspiration chinoise. Le nombre des animaux indique que nous avons affaire à un tombeau d’une certaine importance.
NGHI-VE SON. Sur la rive gauche du Canal des Rapides s’allonge la colline de Nghi-vê-son. En 1923 a été découverte ici, dans l’un des tombeau chinois, le modèle réduit d’une citadelle datant de l’époque des Han ou des Six Dynasties. Peut-être s’agit-il d’une sorte de maquette en terre cuite des résidences fortifiées des années 40 de notre ère.
DINH-BANG, ou LANG-BANG. A 12,5 km environ au sud- ouest de Bac-ninh et à 20 km de Hanoi, renommé pour ses élevages de vers à soie et ses laqueurs. Village remarquable pour être le lieu d’origine du fondateur de la dynastie des Ly postérieurs, Ly Thay-tô (Xle s.). De ce fait, on y trouve le temple funéraire des huit rois de la dynastie des Ly postérieurs, intéressant par sa construction et ses statues (XlIe-XIIIe s.). Restauré au début du XVIIe s., il est aujour¬d’hui largement détruit. Les tombeaux des rois de cette dynastie, disparus, devaient se trouver dans l’ancien bois sacré de Cô-phap, alias Dinh-bang, à proximité du temple. Enfin, le Dinh est typique de l’art vietnamien du Tonkin, érigé en 1736, employé comme Q.G. par les communistes en 1945.
PHAT-TICH (Vestiges du Bouddha), autrefois Hoa-khê (Vallon fleuri) à environ 28 km au nord-est de Hanoi. Le nom du village vient d’une légende selon laquelle, à l’emplacement de l’actuelle pagode, s’élevait un stûpa qui tomba en mines ; parmi les débris, on trouva un bouddha en pierre en l’honneur duquel fut construite l’actuelle pagode du chuà bouddhique Van-phuc (Chuà des dix mille bonheurs) (1037), reconstruit fin XVIIe s. et au XIXes. Le temple se trouve sur la rive gauche du Canal des Rapides, sur la montagne dite «du Manche usé», Lan-kha-son.
On se trouve ici en présence du plan type du temple bouddhi¬que vietnamien (un sanctuaire en fonne de H couché, une enceinte de galeries qui le clôt sur trois faces et une grande cour fermée par un portique). Sur ce site, l’archéologie a découvert le soubassement d’un stûpa qui précédait la pagode actuelle (la légende était en partie vraie) de modèle vraisemblablement chinois. Il s’agit du soubassement de la tour que fit édifier Ly Than-Tôn (Xles.). Très belles sculptures animales antérieures au XVIIe s. Derrière la pagode, existe un stûpa en pierre de quatre étages, le Bao-nghiêm- thap, dédié à un bonze chinois.
BUT-THAP. A 30 km au nord-est de Hanoi. Sur la lisière ouest de ce village a été édifiée la pagode Ninh-phuc (Bonheur calme) encore dénommée Hùng-nhât (Majestueuse seule), sur la rive droite du Canal des Rapides et en contre-bas de la digue. Son orientation est sud-nord et, selon la tradition, elle est érigée au centre d’une immense fleur de lotus. Vraisemblablement antérieure au XHIe s. mais reconstruite aux XVIIe et XVTIIe s. et restaurée au début du XXe s. Outre une iconographie fournie du Grand Véhicule, on y remarquera un autre bel exemple de pont en pierre (1647), voûté, muni de balustrades dont les parois sont illustrées par des bas-reliefs qui traduisent une forte influence chinoise. Le plus beau stûpa du Viêt-nam, de la même époque et élevé en l’honneur du même bonze chinois que celui de Phât-tich. Entièrement en pierre, à quatre étages, sur les soubassements des murs, des sculptures de style chinois. Le sanctuaire de la pagode est entouré d’une balustrade de pierre (très rare au Tonkin ; en revanche fréquent dans plusieurs monuments en Chine et principalement dans ceux de la province Hou-nan).
PHU-DONG. C’est le pays de Dông Xung-thiên thân qui, sous le règne du dernier roi des Lac (Ille s. av. J.-C.), refoula une armée An venue du nord-est ; chaque année, des fêtes rappelaient par des groupes allégoriques ce fait historique. A proximité de Van-phuc et sur la même rive du Canal des Rapides, s’élève le dên de Phu-dông, situé à côté du dinh. Après sa constaiction initiale, il fut plusieurs fois restauré (du Xle s. au XLXe s.). Célèbre pour son monumental portique à triple entrée, surmonté d’un pavillon.

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