Louang Prabang

A quelque 300 m d’altitude, perdue dans la montagne (il peut y faire frais en hiver), son destin s’explique d’abord par la conjonc¬tion de trois facteurs géographiques:
– Confluent des voies caravanières.
– Cœur du premier vrai bief navigable du Haut Mékong.
– Bassin agraire substantiel.
Et là, un site doublement favorable :
• au confluent de la Nam Khan et du Mékong, une presqu’île de 250 m de large, sur 1 km de long, formée par une boucle de la Nam Khan; il suffit d’une simple ligne de fortifications barrant la presqu’île pour protéger militairement une agglomération de 5 à 10000 âmes.
• au milieu de cette presqu’île, une colline de quelque 60 m, le Phousi, offre l’image naturelle de la montagne cosmique émer¬geant des eaux.
Sous cet angle, Louang Prabang est une des villes les plus intéressantes d’Asie du Sud-Est, d’autant plus qu’elle a toujours abrité une royauté et que la présence occidentale l’a peu touchée. Nous sommes ici face à un archétype de ville royale, de conservatoire, d’autant plus que l’empreinte du bouddhisme a effacé la trame animiste beaucoup moins qu’à Vientiane.
Il n’est pas question de se livrer à une description archéologique de la cinquantaine de monastères de Louang Prabang et de ses environs immédiats, mais de donner les principes d’organisation de la ville pour que chacun soit attentif à ce qu’il doit par lui-même encore largement découvrir, sachant que la ville s’ordonne comme une croix dont le Phousi serait le centre. Deux axes articulent la ville ; celui, classique, de l’amont-aval, recoupé par celui de la royauté.

LA VILLE ROYALE La colline axiale du Phousi
Le cœur de la ville royale est le Phousi, avec ses dépendances. Sa valeur d’axe du monde est, par exemple, explicitée par le mythe tardif et bouddhisé du monastère qui le surmonte :
«Autrefois, à l’emplacement de la montagne sacrée, il n’existait qu’une profonde excavation qui menait au centre de la terre. Un bonze nommé Palavek en entreprit l’exploration. Il aperçut alors des pépites d’or. L’extraction tenninée, des hommes cupides obstmèrent l’orifice avec d’énormes rochers et s’emparèrent de la fortune de l’enterré-vivant. Mais Palavek qui possédait1 des charmes magiques, parvint, après avoir vaincu les démons-gardiens du puits, à sortir de son sépulcre. Il rapporta au roi la tentative de meurtre dont il avait failli être victime. Grâce au monarque, il recouvra les pépites et fit construire le That Chomsi».
Au sommet de la colline (328 marches), le That Chomsi souli¬gne en termes bouddhiques, sa fonction microcosmique. Puis, sur les quatre pentes de la collines, quatre illustrations des fonctions qui articulent l’ordre de la ville :
1. Vers l’amont, un second exorcisme bouddhique, sous forme d’une sainte empreinte du pied du Bouddha, le Phrabat Neua, d’environ trois mètres de long, à l’intérieur d’une chapelle voûtée dans laquelle débouche un gouffre naturel, censé rejoindre la Nam Khan, c’est-à-dire plonger au tréfonds des eaux primordiales.
2. Sur le flanc Ouest de la colline, le Vat Tham Phousi qui «interprète» en terme de grotte matricielle le rôle du Phousi. L’image principale du sanctuaire est un Bouddha sous la fonne particulière du Phra Ka Chay, ventripotente, obèse et fécondante du Maître.
3. Du côté populaire de l’Aval et au pied de la colline: le Marché.
4. Enfin, vers l’Est, du Phousi descendait le Serpent-dragon qui, pour les grands rituels royaux du Nouvel An, apportait au roi en contrebas, dans son palais, la protection des génies fonciers.

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