POINTS DE REPÈRE 2

Quelques données statistiques
L’Indochine stricto sensu, celle que forment le Laos, le Cambodge et le Viêt-nam, s’inscrit au cœur d’un ensemble culturel indochinois au sens large, intermédiaire entre l’Inde et la Chine au sens classique du terme, puisqu’il s’étend entre l’Assam (Inde de l’Est), le Guizhou (Chine du Sud) et Singapour pour former un espace de quelques 2,5 à 3 millions de km2. C’est assez dire que l’Indochine, stricto sensu, ne représente que le quart de cet ensemble et couvre un espace relativement modeste de 740000 km2, soit la France augmentée d’un tiers, ou l’équivalent de la seule île de Bornéo qui lui fait face, ou à peine plus de l’addition des deux provinces chinoises voisines du Yunnan et du Guangxi. En d’autres ternies, à l’échelle des grands empires qui l’entourent, l’importance de l’Indochine reste anecdotique.

Cette modeste Indochine est en outre relativement peu peuplée, pour ne pas dire qu’elle constitue une dépression démographique : à la veille de 1990, sa population est de quelque 70 millions, soit une densité de l’ordre de 100 habitants au km2. Pensons que la seule province chinoise de Canton possède la même popula-tion pour une superficie comprise entre le tiers et le quart de l’Indochine. De surcroît, cette population n’occupe qu’une fraction de l’espace indochinois. A la veille de 1940, seuls 15% (en y incluant surfaces cultivées, maisons, cimetières, routes, canaux etc.) de la superficie de l’Indochine étaient occupés. De nos jours, elle reste au trois quart vide. De fait, les deux tiers de la population sont concentrés dans deux basses vallées (Fleuve Rouge et Mékong), tandis que l’essentiel du troisième tiers se répartit dans quelques micro-régions éparpillées : plaine de Vientiane, de Huê, etc.

Enfin, après ces dizaines d’années de troubles, l’Indochine, malgré des potentialités notables et une population industrieuse, figure parmi les pays les plus pauvres du monde: la richesse (PNB) des trois Etats réunis est, en 1993, au maximum de l’ordre de 20 milliards de US $ (soit celle d’un département français), soit avec d’à peu près 250 US $ par tête et par an (en Occident, le PNB par tête est d’environ 20 000 US $ par an). A titre de comparaison, la Thaïlande voisine, potentiellement et démographiquement similaire, possède un PNB qui est 5 fois supérieur.

2. LE FAIT LOCAL DANS SON CONTEXTE
Contexte et structure géopolitique de la Péninsule
Dans les termes du contexte régional de l’Asie du Sud-Est péninsulaire, l’Indochine stricto sensu participe à l’excroissance des hauts plateaux tibétains qui déploient, en éventail, vers les mers du Sud, des tentacules montagneux (parmi lesquels la Cordillère annamitique), pour constituer un promontoire, projeté sur quelque 3000 km. Y alternent en bandes parallèles, vallées et chaînes de montagne, du Yunnan à Singapour, entre l’océan Indien et l’océan Pacifique, plus précisément, entre le golfe du Bengale et la mer de Chine. Les bandes montagneuses sont peuplées par des ethnies «sauvages» et les plaines par des ethnies «civilisées» qui forment des Etats s’efforçant de prendre le contrôle des versants montagneux.

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Pour identifier les faits du seul point de vue des plus connues des ethnies civilisées, la Péninsule peut être comparée à une main dont la paume serait le Yunnan et les cinq doigts, les vallées qui en descendent, chacune abritant un peuple et un Etat dominant :
– l’Irrawaddy avec les Birmans et la Birmanie
– la Ménam avec les Siamois et la Thaïlande
– le Mékong avec les Khmers et le Cambodge
– le Fleuve Rouge avec les Tonkinois et le Viêt-nam
– la Rivière des Perles avec les Cantonnais et le Kwangdong.
L’Asie du Sud-Est péninsulaire doit donc être analysée comme un espace centré sur un bassin majeur, celui du Mékong, avec une reproduction bilatérale de sa configuration géographique : du côté de l’Inde, on trouvera successivement le Siam et la Birmanie, et du côté de la Chine, le Tonkin et le Kwangdong.
Espaces et communications
Cette disposition n’offre pas à la Péninsule, à la différence des deux ensembles périphériques voisins, l’Inde à l’ouest et la Chine à l’est, de grands bassins agraires (la plaine indo-gangétique ou les basses plaines confondues du Fleuve Jaune et du Fleuve Bleu), seuls susceptibles d’être la base territoriale d’un Etat puissant et d’un modèle culturel impérial.

Cette disposition n’est pas non plus favorable aux communications internationales ; celles-ci ne peuvent, en effet, s’effectuer que par la périphérie maritime (Singapour et la région des détroits malais) ou, à défaut, au point d’articulation continental entre la Péninsule et les hauts plateaux tibétains : à la hauteur du Yunnan, où s’effectue la jonction entre les hautes vallées de la Birmanie et celles de la Chine du Sud. Le cœur de la Péninsule indochinoise tend ainsi à rester à l’écart des échanges mondiaux. Les seules communications dont elle soit le cadre sont locales et principalement nord-sud, c’est-à-dire intérieures à chacune de ses vallées. Toutefois, il faut ajouter que ces communications locales s’ouvrent sur l’extérieur par les deltas qui font pénétrer l’influence du monde de la mer, et accessoirement aussi par les cols des hautes vallées ; dans ce dernier cas, ce sont des influences continentales qui prévalent. De ce fait, si, par ces voies, la Péninsule se trouve accessible aux sociétés périphériques, leurs apports restent limités et dissociés. Ils ne peuvent que composer avec la réalité locale, irréductible, constituée d’entités régionales très fortes. Au mieux, fourniront-ils, de l’extérieur, un vernis culturel à des populations renfermées sur leurs spécificités.

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