POINTS DE REPÈRE

1. LA MESURE DE LA COMPLEXITE: Une double variété : physique et humaine
En Indochine, pas de grandes régions naturelles, mais un espace compartimenté en dizaines de «provinces», dont les plus vastes n’excèdent pas trois dizaines de milliers de kilomètres carrés. Qui plus est, ces «provinces», souvent étroitement circonscrites, communiquent rhal les unes avec les autres du fait d’une hydrographie difficile ou d’un relief confus et sans véritable ligne directrice, dont le couvert forestier, vu des plus^ hauts sommets, moutonnant à perte de vue, engendre un sentiment de mélancolie et d’angoisse. Il faut donc garder présent à l’esprit que les ensembles régionaux évoqués par les étiquettes du type «Tonkin», «Haut Laos», etc. (étiquettes que nous serons nous-mêmes conduit à employer) sont des conventions descriptives ou administratives. De même, les ensembles «nationaux», identifiés par les chapitres des livres d’histoire ou reconnus par la diplomatie internationale, traduisent, non des réalités géo-politiques durables – bien qu’elles existent par ailleurs – mais des rapports de force conjoncturels et précaires.

Il n’est pas plus d’unité dans les composantes humaines : on dénombre, en Indochine, une centaine de peuples que bien des aspects différencient (langues, races, religions, modes de vie, organisation sociale, technologie, etc.). Leur répartition en grandes classes sur une base linguistique (Thaïs, Austronésiens,…), religieuse (Bouddhistes, Animistes,…), technologique (Riziculteurs humides, Pêcheurs,…), géographique (Montagnards, Urbains,…), socio-politique (Tribaux, Sujets,…) n’est qu’une commodité d’exposé, qui traduit surtout notre embarras à ordonner cette diversité. Il faut en outre savoir que l’Indochine est l’un des grands pôles de convergence des principaux modèles culturels de l’Ancien Monde. Autant de composantes qui s’enchevêtrent pour former une prodigieuse marqueterie sociale.

De cette double variété, en surgit une troisième, d’ordre historique. On serait bien en peine de repérer des continuités effectives globales dans l’histoire indochinoise : ce ne sont que redéfinitions religieuses, crises dynastiques, ruptures étatiques, bouleversements sociaux, déplacements des centres de gravité des pouvoirs et ainsi de suite. Aussi, l’Indochine que l’on croit pouvoir appréhender aujourd’hui, est-elle surtout une entité abstraite mise en place au lendemain des grands troubles de la fin du XVIIIe s., et précisément destinée à occulter la variété réelle de l’Indochine. De plus, elle fut successivement accaparée et desséchée, par quelques nouveaux milieux urbains et quelques «bourgeoisies» à la puissance grandissante, mais en voie d’acculturation.

Des tentatives échouées d’homogénéisation
L’impression d’atomisation, de fluidité et d’incertitude est d’autant plus accentuée du fait que l’Asie du Sud-Est péninsulaire (dont l’Indochine constitue le cœur) est environnée de trois grandes communautés de destin, rassemblées chacune autour d’un vaste contrat géographique, culturel et linguistique précis qui leur confère une manière d’unité transhistorique : l’Inde (avec l’hindouisme et le sanskrit), la Chine (avec le confucianisme et les idéogrammes) et le «monde malais» (avec l’Islam et la langue malaise).
Les tentatives pour rassembler, de l’intérieur, l’Asie du Sud-Est péninsulaire sur des bases à peu près unitaires, ou pour l’intégrer, de l’extérieur, à un espace plus vaste, ont régulièrement échoué. A leur apogée, les «empires» khmers, siamois, birmans, chams ou vietnamiens n’ont été que le fruit de coups de dés de portée limitée à la fois dans l’espace et dans le temps. Quant aux volontés de contrôle périphérique, elles ont, au mieux, toujours fini par le prudent désintérêt de l’imperium de leurs promoteurs. Pour s’en tenir à des faits postérieurs au Moyen-Age, on connaît le rapide renoncement des Ming à administrer directement le Tonkin (début XVe s.), le refus pratique des Portugais, des Espagnols, des Anglais, des Hollandais à faire plus que s’aventurer en Indochine (XVIe- XVIIe s.), l’incapacité de l’Islam à s’y implanter réellement (XVIIe- XVIIIe s.) alors même qu’il s’établissait en force à la périphérie de la Péninsule, tant en Chine du Sud que dans l’Archipel malais.
Ce n’est qu’à la suite d’une série d’accidents historiques proprement français (Second Empire, guerre de 1870, instauration de la Troisième République) – et à contrecœur de la part de la métropole – que l’Indochine fut touchée par la vague coloniale issue de la révolution industrielle européenne du XIXe siècle qui submergea le monde. Encore ne le fut-elle que très partiellement et bien tardivement. Ainsi, plusieurs dizaines d’années après la signature du traité entre la France et le Cambodge, celui-ci comptait moins de dix planteurs européens ; et ce n’est que vers les années 1930 que l’administration française achèva la pacification des Hauts- Plateaux du Sud-Indochinois, à moins de 100 kilomètres de Saigon!

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