SUR LA ROUTE DES SECTES 2

En 1935, le pape du caodaïsme se vit soudainement déchu de ses fonctions pour malversations et les sectes secondaires se disputèrent l’autorité exercée sur les dizaines de milliers d’adeptes. De nouveaux pontifes furent élus puis excommuniés, convaincus d’hérésie par leurs rivaux. Ce n’est qu’un an plus tard, après cette «crise religieuse», qu’un ex-hérétique, Pham Công-Tac, accéda au pontificat caodaïste. Il fit de Tây-ninh et de sa région une véritable enclave religieuse et, à la veille de la Seconde guerre mondiale, la secte comptait 4 millions d’adeptes, y compris au Cambodge et dans le Viêt-nam septentrional. Désormais, l’Eglise de Cao-Daï pouvait jouer un rôle politique non négligeable et son orientation se fit net¬tement pro-japonaise. En juin 1940, inquiet des menées des dirigeants caodaïstes, le gouvernement colonial décida de fermer les sanctuaires et de déporter ses dignitaires dans les îles des Comores. Mais au lendemain du coup de force japonais, qui chassa les Français du pouvoir (1945), des militaires de Tokyo appuyaient toujours les caodaïstes qu’ils avaient armés et organisés en milices, en même temps que les autres sectes nationalistes, les Hoà-hao et les Binh- xuyên, elles aussi fortes de plusieurs milliers d’hommes. Ces sectes armées ne tardèrent pas à se muer en organisations échappant à l’Etat, disposant de «sanctuaires territoriaux», et à s’engager dans des opérations diverses où la politique et l’affairisme se mêlaient inextricablement à la bénédiction de certains hommes politiques.
En 1955, les sectes religieuses et nationalistes se heurteront de front au catholique Ngô Dinh-Diêm, futur dirigeant autoritaire du Sud-Viêt-nam et allié des Etats-Unis, jusqu’à son assassinat en 1965. Les sectes seront vaincues, au terme de durs combats. Depuis lors, le caodaïsme est entré dans une phase de décadence irrémédiable, mais ses adeptes sont encore nombreux.
Il serait sans doute trop long d’expliquer la très complexe philosophie religieuse du caodaïsme et d’en interpréter l’essence et les divers avatars dissidents. Cette religion se veut un syncrétisme des pensées bouddhique, taoïste, confucianiste, chrétienne et ani¬miste, dans un objectif de purification et de libération spirituelle. Toutefois, la lourdeur de sa liturgie et de ses rituels médiumniques, la complexité de ses degrés initiatiques en font une manifestation d’un ésotérisme déroutant.
Près de Tay-ninh, voir la fameuse montagne sacrée qui jaillit de la plaine à 986 mètres d’altitude de Nui-bà den (colline de la Dame Noire), ainsi nommée probablement par référence à un culte khmer de la déesse Kali. Celle-ci, sous le nom khmer de Phnom Mi Deng, constitue un des supports de l’un des célèbres cycles légendaires, mythe de fondation de l’ordre social khmer. Il tourne autour du thème de la lutte des sexes, comme prélude à la reconnaissance de la supériorité de la femme.
Cette montagne sert de lieu de séjour à des anachorètes marginaux et à des ermites qui s’adonnent à la cueillette des simples autant qu’à la méditation ou à la divination.

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