SUR LA ROUTE DES SECTES

Cu-chi
Situé à 35 km au nord-ouest du centre de Saigon, dans la direction de Tay-ninh, à une dizaine de kilomètres à vol d’oiseau vers l’ouest de la frontière cambodgienne (région du «bec de canard»), et sur les premières terrasses (à une cote entre 5 et 10 m d’altitude, à l’abri de l’inondation) qui amorcent, en direction du nord-est, la remontée des terres vers la Cordillère annamitique. Ces précisions géographiques expliquent probablement l’importance stratégique du site et le fait qu’il ait été, en son temps, occupé par une immense base américaine. Il est en tout cas présenté comme un site-clef de la guerre américaine du Viêt-nam (ce qu’il a probablement été sur le plan de la ténacité psychologique et de l’héroïsme sans panache).
Il s’agit d’une «citadelle» viêt-cong, édifiée partiellement sous le périmètre de la base américaine. L’ouvrage se compose de plusieurs complexes de salles souterraines reliées par des dizaines de kilo¬mètres de boyaux. Le tout est invisible de l’extérieur, car simple¬ment creusé sous la terre. Il s’agit en effet d’un travail de sape artisanal, sans coffrage de béton et sans aucun des éléments de la technologie moderne.
Après l’exposé (schémas didactiques à l’appui) d’une ancienne combattante, on visite normalemènt quelques postes d’observation et salles de réunion souterrains, d’accès encore relativement aisé. Les amateurs motivés pourront poursuivre, généralement à croupetons et dans une atmosphère étouffante de chaleur confinée et poussiéreuse, par quelques dizaines de mètres de boyaux (claustrophobes s’abstenir), soigneusement entretenus et où, à l’occasion, on peut croiser cafards, chauve-souris ou touristes cherchant la sortie. On restera songeur devant un tel déploiement d’énergie obscure et la peine civile et militaire des hommes.
Tay-ninh et le Cao-Daï
Située à environ 100 kilomètres au nord-ouest de Saigon, à proximité de la frontière du Cambodge et dans une zone plantée d’hévéas, la petite ville de Tay-ninh (appellation traditionnelle en langue khmère «Roung Damrey» [enclos des éléphants]) est le chef-lieu de la province du même nom. C’est une ville dont la popu-lation est mélangée: vietnamienne, khmère krom et, en plus petite proportion chame. Tay-Ninh est principalement connue comme le centre spirituel d’un bouddhisme dit «rénové», le Cao-daïsme, qui a pour contenu une forme syncrétique des grandes religions asiatiques mêlées de christianisme et de spiritisme théosophique.
Le fondateur de cette religion récente était un fonctionnaire passionné de spiritualité, Ngô Vàn-Chiêu. Originaire de file de Phu- quoc, l’homme s’entoura bientôt de disciples amateurs de séances spirites au cours desquelles on faisait tourner des tables, dans les années 1920. Ngô Vàn-Chiêu prétendit bientôt avoir eu une communication spirituelle avec Cao-Daï, le Palais Suprême, une divinité salvatrice, tout à la fois émanation de Bouddha et de Jésus. Les révélations de Cao-Daï se manifestaient par le taichement d’une «corbeille à bec», sorte de panier divinatoire comportant un «bec» de bois sculpté qui, enduit de chaux liquide, «traçait» des messages divins transmis par les médiums utilisant l’objet. Cette étrange pratique médiumnique attira bientôt des centaines puis des milliers de curieux, vite mués en adeptes de la nouvelle religion. En 1926, un conseiller colonial, Lê Vàn-Trung, se convertit à la religion née à Tây-Ninh et réussit à recruter 20000 fidèles. Il força alors le fondateur de la secte à s’exiler à Can-tho où il créa un nouveau centre caodaïste, considéré comme hérétique. En 1927, Lê Vàn- Trung se couronna «souverain pontife» de Cao-Daï et fit construire la gigantesque cathédrale.
L’édifice de style traditionnel sino-vietnamien mêlé à quelque influence architecturale catholique, comporte une immense nef dotée de colonnes qu’ornent des dragons. Une sphère lumineuse de grande dimension domine l’autel: l’œil de Cao-Daï. C’est une construction légère de bambou recouvert d’étoffe, au milieu de laquelle brûle une flamme perpétuelle. Partout dans la cathédrale, des statues, des décorations multicolores représentant des person¬nages sanctifiés formant le panthéon caodaïste : Bouddha, Confucius, Lao-zi (Lao-Tzé), la déesse Quan Am (Avalokiteçvara ou Guan Yin), Li Bai, le poète chinois du Ville s., mais également Victor Hugo, Jeanne d’Arc, l’astronome Flammarion, Allan Kardec, le médium enterré au cimetière parisien du Père Lachaise, etc… L’intérieur de la cathédrale se caractérise par un décorum hautement kitsch et par une esthétique plutôt controversée.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*